Dépassement du capitalisme et Mondialisation néolibérale

La question de savoir s’il était possible de mener à bien un processus de transformation sociale radicale dans un espace géographique national limité a hanté les débats initiaux des mouvements révolutionnaires au XIX° siècle. L’idée que face aux forces du capital, les forces du travail devaient constituer l’union la plus large possible, non seulement entre travailleurs d’un même pays, mais aussi à l’échelle d’un espace géographique le plus vaste possible, idée résumée dans le célèbre mot d’ordre « Prolétaires de tous les pays, unissez vous », témoignait des préoccupations à ce sujet. Lénine lui-même ne voyait pas initialement de succès possible si le mouvement révolutionnaire restait cantonné dans un pays arriéré comme la Russie et n’était pas relayé par une extension du dit mouvement aux pays capitalistes européens les plus développés. Le « court XX° siècle (1917-1989) » lui a en partie donné tort dans un bilan historique contrasté. Les forces du capital ont effectivement réussi à empêcher que « les prolétaires de tous les pays s’unissent » en favorisant au maximum le clivage qui s’est opéré à partir de 1917 dans la plupart des pays développés entre le courant politique séduit par la radicalité apparente de l’expérience soviétique et celui effrayé par cette dernière et surestimant la force du capital. Cependant, si in fine l’URSS a échoué, c’est bien plus de ses propres errements et orientations erronées, que de ce clivage ou de l’hostilité violente et quasi-constante des forces du capital à son égard. L’expérience française de 1945 menée dans un rapport de forces plus équilibré (poids politique international de l’URSS comme acteur principal de la défaite du nazisme) a montré la possibilité concrète d’infliger dans un pays donné des reculs importants et durables à la logique du capital (celui-ci, de son propre et récent aveu, est toujours depuis plus de 60 ans et malgré sa reconquête depuis des décennies de l’hégémonie politique, en lutte pour essayer d’effacer ces acquis de 1945). Plus près de nous, l’expérience cubaine mérite également réflexion. Dans des conditions beaucoup plus difficiles que l’URSS (petit pays, embargo sévère) et malgré la chute du « camp socialiste », Cuba a maintenu jusqu’à aujourd’hui les priorités importantes de l’émancipation humaine que sont le droit à la santé, à l’éducation et à la formation pour tous, opposées à la logique du capital néolibéral (la comparaison des systèmes médicaux américain et cubain faite dans le film de M. Moore, « Sicko », est édifiante de ce point de vue). Cependant, l’avenir du régime cubain reste incertain et s’il échoue, ses propres déficiences (absence de toute ouverture démocratique, même contrôlée, répression politique, conceptions économiques en partie discutables) auront aussi pesé dans la balance. A ces expériences, on pourrait d’ailleurs ajouter les expériences de transformation sociale radicale en cours de construction, comme le Venezuela ou la Bolivie qui montrent que la réponse à la question initialement opposée demeure ouverte, même dans les conditions d’aujourd’hui.

Cependant, évidemment, le fait de voir une puissance capitaliste occidentale comme la France s’engager dans un processus de dépassement du capitalisme représente un tout autre enjeu, du fait d’un enchaînement possible vers un dépassement du capitalisme en Europe, puis au niveau planétaire. On peut donc s’attendre à une fière bataille autour d’une éventuelle expérience française, avec une union sacrée des classes dirigeantes occidentales pour faire échouer ce processus de dépassement.

Or, cette bataille est à engager sans tarder par les forces politiques progressistes favorables à la mise en oeuvre d’un tel processus. En effet pour parvenir à constituer, puis à souder le rassemblement nettement majoritaire qui sera l’acteur essentiel de cet affrontement politique, il faut impérativement faire reculer les idées que cite C. Gindin dans son récent « Vœu de claritude » (17.10.07), du type « ce que vous proposez, ce serait bien, mais en face ils sont trop forts », ou l’idée réformiste structurant historiquement la position social-démocrate, selon laquelle « il faut limiter ses ambitions à ce que le capitalisme peut accepter ». Or, si l’on compare la situation actuelle avec celle du début des années 80 où le programme commun avait pu recueillir un soutien majoritaire pour la nationalisation d’un nombre important de grandes entreprises (industrielles et bancaires), on voit bien que, depuis, la mondialisation capitaliste néolibérale, européenne et planétaire, est passée par là, avec Maastricht, le marché unique et les privatisations des entreprises et services publics en Europe. Au-delà de celle-ci, l’offensive du capital mondialisé avec ses trois chevaux de bataille : liberté de circulation des capitaux, liberté d’investir et de rapatrier les profits, libre échange des marchandises et des services, touche la quasi-totalité de la planète. De surcroît, tout un courant idéologique, consciemment ou inconsciemment réformiste, souligne en permanence, avec complaisance, la toute puissance des multinationales, qu’aucun pays ne pourrait plus désormais réellement contrôler, etc.

Enfin, il faut bien reconnaître que l’effondrement du « camp socialiste », la conversion massive de ses bureaucraties politiques à la logique capitaliste néolibérale, ont porté un rude coup au courant progressiste proprement « politique ». Même si au cours des deux dernières décennies, la résistance aux méfaits du capitalisme a surgi aussi sous d’autres visages, mouvement altermondialiste, nombreuses organisations luttant contre tel ou tel aspect particulier du capitalisme, le rapport de forces global reste apparemment défavorable.

Mais qu’en est-il réellement ?

Dans une première partie, nous essaierons de démêler mythes et réalités sur ce fameux rapport des forces et notamment sur son évolution. Ensuite, sur un point-clef du dépassement du capitalisme, le changement du rapport de forces capital-travail au sein des grandes entreprises ou, autrement formulé, l’appropriation sociale de celles-ci, nous étudierons les possibilités de mettre en échec les pressions du capital mondialisé visant à bloquer les principales mesures à mettre en œuvre pour parvenir à cette appropriation sociale et les conditions politiques à réunir pour y parvenir.

I) Mythes et réalités sur la puissance du capital mondialisé

L’atout principal de celui-ci est à coup sûr son sens de classe aigu et sa solidarité nationale et internationale sans faille face à toute mise en cause de l’essentiel, le rapport d’exploitation capitaliste. Par ailleurs, les richesses accumulées lui permettent des interventions de tous ordres, économiques, politiques et idéologiques (détention de pouvoirs politiques dans les institutions nationales et internationales, liée essentiellement au clivage entretenu dans le monde du travail indiqué plus haut, contrôle élevé sur les instances fabriquant de l’idéologie (medias divers, cercles intellectuels, etc.) confortant sans cesse ce rapport de forces. A mettre également au crédit des classes dirigeantes françaises, la ténacité et le sens de la durée. Ils n’acceptent jamais les reculs subis (cf. déclaration récente déjà citée sur la destruction des acquis de 1945).

Cependant, le talon d’Achille politique du capital mondialisé réside dans deux éléments de fait :

- L’extraordinaire faiblesse numérique, tant au point de vue national qu’international, des classes sociales au profit desquelles sa stratégie est mise en œuvre (cf. étude Merryl Lynch récente chiffrant à environ 10 millions de personnes - 0,15 % de la population mondiale - les individus dont la fortune (hors résidence principale) dépassait le million de $). A l’intérieur de ces 10 millions, les inégalités sont elles mêmes devenues extrêmes. En dessous de cette limite, les revenus du patrimoine (rendement moyen annuel de 50.000$ pour 1 million de $) ne peuvent compenser la perte de l’activité professionnelle principale (cadres salariés hautement qualifiés, patrons de petites PMI, petits commerçants, paysans moyens, certaines professions libérales, tous exposés à subir négativement les conséquences de la politique du capital mondialisé). C’est bien entendu encore plus vrai pour la masse des petits actionnaires pour qui la possession de quelques milliers d’euros en actions relève de la petite épargne. On retrouve cette même faiblesse numérique au sein des multinationales qui comprennent souvent des centaines de milliers de salariés, mais dont le groupe dirigeant (dirigeants internes +représentants des principaux actionnaires) ne dépasse pas la centaine de personnes. C’est l’absence totale de toute démocratie interne qui fait que ces outils complexes qui pourraient être au service du développement humain et d’une véritable coopération ne sont en fait que des machines à profit maximum basées sur une surexploitation internationale cynique des salariés les plus faibles et déversant des milliards de $ sur leurs principaux dirigeants et actionnaires. Le fameux pouvoir incontrôlable des multinationales ne tiendrait pas longtemps face à une action résolue de leurs salariés pour modifier cet état de fait et l’on ne peut que déplorer qu’au sein de l’UE, la CES ne mène apparemment guère d’action significative offensive en direction des multinationales européennes et de l’UE pour obtenir les droits nécessaires ni pour aider ces salariés à se doter des structures internationales ad hoc pour mener ce combat. Si l’on peut saluer l’exploit politique sans cesse renouvelé du capital mondialisé qui réussit, dans les systèmes démocratiques occidentaux, à toujours cantonner les luttes politiques à des fausses alternatives ne mettant pas en cause réellement ses propres intérêts, c’est uniquement la faiblesse politique et la désunion des forces du travail qui permet cela. Telle la première lueur du jour qui fait fuir les vampires, c’est un effort politique constant pour faire la pleine lumière sur la réalité décrite ci-dessus qui fera reculer politiquement le capital mondialisé.

Par ailleurs, il nous faut aussi mettre plus en lumière l’aggravation brutale des contradictions du capital mondialisé, son incapacité foncière à faire face aux grands problèmes planétaires à résoudre en urgence (crise énergétique, réchauffement climatique, économie des ressources naturelles, etc.) et les perspectives de crise économique mondiale globale et d’affrontements à laquelle sa logique conduit, de manière à mieux faire comprendre l’urgence de dessiner une alternative positive globale de dépassement du capitalisme si nous voulons éviter que l’humanité ne sombre dans la barbarie ( voir notre étude « Vers une crise économique mondiale ? ..... » sur bellaciao.org).

II) La bataille prévisible avec le capital mondialisé sur l’appropriation

sociale des grandes entreprises (GE) et les conditions à réunir pour la gagner

Pour sortir des généralités habituelles qui ne font guère avancer les choses,

je partirai des propositions concrètes définissant un processus d’appropriation sociale évolutif pour les GE, qui figurent dans les études « Que faire ? » et « Démocratie participative et appropriation citoyenne des activités productives » (voir Google.fr : Paul Sindic). A savoir 1) L’octroi d’une participation dans les instances de décision des GE à des représentants élus des salariés à hauteur de 40 % dans toutes celles où l’Etat est le premier actionnaire, de 30 % dans les autres, 2) L’élaboration démocratique (par allers-retours entre une commission nationale et les collectifs de salariés de chaque établissement d’une GE) d’une nouvelle politique industrielle pour chaque branche d’activité visant le plein emploi, le développement de la recherche et de l’innovation, etc. politique ensuite adoptée par le Parlement, 3) La création de Fonds de développement de l’emploi, national et régionaux, chargés de gérer l’épargne salariée dans cette perspective et dirigés par des représentants élus des salariés, 4) La lutte pour une nouvelle régulation des échanges favorisant le plein emploi, au « Nord » comme au « Sud » et la relocalisation des productions au plus près de leurs marchés, 5) Une sécurité formation -emploi pour les salariés en transition, à la charge collective des entreprises.

Comme acteurs essentiels du capital mondialisé dans cette bataille, nous retiendrons bien sûr les classes dirigeantes françaises (que, par définition, nous supposons battues politiquement, mais pas sans réactions), les fonds d’investissement anglo-saxons détenant des parts substantielles du capital des GE françaises, les instances néolibérales bruxelloises. Par ailleurs, nous distinguerons terrain juridique et terrain économique et politique.

Pour les points 1) et 2), nous ne voyons pas d’obstacles juridiques tant au niveau national qu’européen pour prendre ces mesures. La présence des salariés dans les instances de décision existe déjà dans les GE à majorité publique, elle existe aussi déjà en Allemagne. Elle ne constitue pas en soi une nationalisation. Par ailleurs, on ne voit pas ce qui pourrait empêcher juridiquement un Etat d’élaborer démocratiquement sa politique industrielle. Par contre, on peut s’attendre à des interventions de Bruxelles sur l’appui étatique à la mise en œuvre de la dite politique industrielle (concurrence faussée, etc.). Il faudra donc veiller à ce que cet appui étatique prenne des formes non attaquables. Ex. Programmes de recherche technologiques d’Etat co-financés par les entreprises (type japonais) avec propositions de programmes européens de même type, incitations fiscales à la recherche, financement d’infrastructures d’accompagnement du développement industriel, etc. Par contre, on peut s’attendre à des réactions économiques. Fuite des fonds d’investissement anglo-saxons si la stratégie des GE n’est plus la rentabilité maximum, d’où effondrement boursier prévisible pour nombre de GE. La dite fuite ne serait pas en soi une mauvaise chose, à condition d’avoir une stratégie financière prête pour y faire face. Elle pourrait consister en un rachat des participations cédées par des institutions financières publiques type la Poste, Caisse des Dépôts, etc. et par des institutions mutualistes dans des conditions différenciées : à la valeur antérieure pour les petits actionnaires jusqu’à un certain plafond, à la valeur du marché pour les institutions financières et gros actionnaires. Ces participations pourraient ensuite dans la durée être recédées totalement ou en partie aux Fonds de développement de l’emploi au fur et à mesure de leur montée en puissance afin d’aller dans la durée vers une appropriation autogestionnaire des GE.

Bien entendu, ces Fonds de développement de l’emploi devraient être créés dès l’engagement du processus de dépassement du capitalisme, leurs caractéristiques ayant été dans toute la mesure du possible discutées au préalable entre les forces du rassemblement progressiste et les organisations syndicales. Ils devraient dès le début offrir des conditions de placement garanti attractives tant pour l’épargne des salariés et des retraités que pour celle des petits actionnaires indemnisés.

Par ailleurs, une manœuvre des classes dirigeantes françaises pourra consister, au niveau des multinationales, à essayer de transférer à l’étranger leur siège pour tenter d’échapper à ce nouveau rapport de forces. Ceci devra être contré par une loi adhoc, interdisant de tels transferts. Enfin, la bataille idéologique pour une régulation des échanges est à engager sans tarder, au niveau national comme au niveau européen, car les méfaits du libre échange mondialisé iront en s’aggravant. Ces premières réflexions, énoncées à titre illustratif de certaines des questions réelles soulevées, montrent qu’il devra s’agir d’une bataille politique ouverte, pouvant parfaitement être gagnée si elle est livrée en pleine clarté et si le rassemblement majoritaire que nous visons est pleinement conscient des enjeux, nationaux, européens et planétaires qu’elle recouvre. Fondamentalement, nous devons en finir avec le clivage historique du monde du travail entre réformisme de « gestion loyale du capitalisme » et volonté progressiste de faire reculer massivement la logique du capitalisme néolibéral, non seulement à l’échelle nationale, mais aussi européenne et planétaire. Vu la crise historique et planétaire du capitalisme néolibéral qui s’annonce, cela devient une question vitale pour l’avenir de l’humanité.

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Y a-t-il réellement un problème des retraites ?


(Le texte qui suit était une contribution à un « Forum sur l’avenir des retraites »

d’avril 2003. Il ne me paraît malheureusement pas avoir pris beaucoup de rides)

Si l’on s’en tient à l’actualité politique et sociale, cela paraît indubitable (annonce de réformes d’envergure, réunions multiples, manifestations, empoignades gouvernement - organisations syndicales, etc., le tout au nom d’une soi-disant urgence qui ne laisserait pas d’autre choix que d’opérer des révisions drastiques dans le système actuel des retraites).

Mais si l’on va à l’essentiel, ç. à d. la manière dont une fraction de la valeur ajoutée nationale créée chaque année est attribuée à la catégorie sociale des retraités, il paraît beaucoup moins certain qu’il y ait réellement un problème des retraites. Tout dépend en effet de la problématique selon laquelle la question est posée.

a) Données macro-économiques nationales

En effet, si l’on remonte au début des années 80, à partir desquelles le problème dit « des retraites » a commencé à apparaître, sous l’impulsion de campagnes médiatiques patronales ou gouvernementales, quelle évolution constate-t-on sur le plan macro-économique ? Tout d’abord le rythme de croissance de la valeur ajoutée nationale est resté supérieur à celui de l’augmentation démographique. Donc, si nous avions maintenu les règles du partage de la valeur ajoutée nationale qui existaient au début des années 80 entre le bloc du travail (salariés actifs, chômeurs, retraités), qui a suivi en gros numériquement le rythme de l’augmentation démographique, et le bloc du capital, chacun des salariés actifs, chômeurs, retraités aurait dû normalement avoir droit à une augmentation de ses revenus réels, sous condition de règles de répartition adaptées liées au fait qu’à l’intérieur du bloc du travail l’importance respective des catégories de salariés actifs, chômeurs, retraités a varié. Bien mieux, personne ne prévoyant que dans notre pays, sur longue période, le rythme de croissance économique puisse devenir inférieur à celui de l’augmentation démographique, les bases d’une augmentation régulière des revenus de chaque salarié actif, chômeur, retraité existent indubitablement pour les décennies à venir, mais toujours sous conditions de règles de répartition adaptées.

Dans le fond, il s’agit de répondre d’une manière un peu plus élaborée à la réflexion de bon sens : Comment se fait-il que dans un pays dont la richesse globale ne cesse de croître, des catégories sociales entières devraient voir leurs conditions de vie se dégrader, sinon du fait de problèmes de répartition de la richesse globale ?

b) Problématique du capital

En fait, le problème de l’avenir des retraites n’existe que dans la problématique que la classe dirigeante économique et politique a réussi rendre dominante dans les medias et dans la discussion publique à propos des retraites.

Dans cette « problématique du capital », comme nous l’appellerons pour simplifier, la question de la répartition de la valeur ajoutée nationale entre le capital et le « bloc du travail » n’est pas posée et ne doit pas l’être. En particulier, la dégradation de plus de 10 % de cette répartition de la valeur ajoutée nationale au profit du capital et au détriment du « bloc du travail » entre 1980 et la fin des années 90 est ignorée, comme doivent l’être la confiscation permanente des gains de productivité du travail par le capital au détriment du « bloc du travail », via la désindexation des salaires, la précarisation d’une fraction importante du salariat et, bien entendu, l’éjection des activités productives d’un nombre important de chômeurs.

Si l’on accepte que ces questions ne soient pas posées, alors on se trouve forcément pris dans une fausse problématique où l’augmentation relative du nombre des retraités du fait de l’allongement de la durée de vie, tandis que la masse salariale des salariés actifs, base unique des cotisations tant salariales que patronales pour financer les retraites par répartition, est, elle, en diminution relative au sein de la fraction de la valeur ajoutée nationale attribuée au « bloc du travail », aboutit forcément à terme à des mesures d’ajustement telles que celles qui sont effectivement discutées aujourd’hui (allongement de la durée de cotisation, diminution des retraites, etc.).

Pour employer un langage de fait divers, tout se passe comme si l’auteur du hold-up qui a vidé en bonne part le coffre-fort de la banque venait ensuite se plaindre que la caisse est vide et demander que les petits dépositaires se serrent la ceinture pour la remplir à nouveau. L’opinion publique jugerait cela d’un cynisme révoltant. Or, c’est d’un cynisme tout aussi révoltant que la classe dirigeante fait preuve dans sa problématique des retraites.

Même en laissant de côté la morale commune, l’auteur du hold-up aurait-il réinvesti utilement l’argent volé ? Pas du tout. Il a au contraire gaspillé des centaines de milliards dans des stratégies de croissance financière internationale marquées d’échecs retentissants (Crédit lyonnais, Vivendi, France Telecom, etc.) en délaissant largement l’investissement national.

Or, globalement, il me semble que, tout au moins si l’on en juge par leurs déclarations publiques, les organisations syndicales, sous couvert de réalisme, de technicité, de discussions d’experts, se sont laissées assez largement enfermer dans cette fausse problématique. Seule la proposition de la CGT d’un financement complémentaire des retraites par création d’une taxe sur la valeur ajoutée des entreprises tente d’y échapper, mais on n’a pas l’impression qu’il s’agit d’un point central pour cette organisation. La même remarque me paraît valoir pour les organisations politiques progressistes, avec là aussi, me semble-t-il, un déficit d’analyse de classe sur cette question.

c) Les alternatives possibles

On peut regretter qu’il n’y ait pas eu jusqu’ici, vis-à-vis du grand public via les media de masse, formulation d’une alternative réelle, à partir des raisonnements élémentaires ci-dessus et de quelques projections économiques globales relativement simples basées sur un redressement, même partiel, du partage de la valeur ajoutée nationale entre le « bloc du travail » et le capital, découlant notamment :

- D’une politique nationale des activités productives dynamique visant à terme le plein emploi et un accroissement sensible de la valeur ajoutée nationale,

- D’une évolution des salaires incluant désormais les gains de productivité annuels, alternative faisant ainsi la démonstration économique qu’il n’y a aucun problème réel pour maintenir la retraite à 60 ans, ramener la durée de cotisation à 37,5 ans et revenir à une indexation des retraites sur les salaires et ce, dans la longue durée, le bouclage du système étant éventuellement assuré par une taxe, probablement modeste, sur les profits des entreprises.

Mais existe-t-il réellement, tant chez les organisations syndicales que politiques, la volonté de mener une telle bataille ? « That is the question », comme disait un auteur célèbre.

Paul Sindic

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L’heure du changement

Nous sommes entrés dans une nouvelle aire. L’aire de la communication par internet. A l’heure où la télévision ne remplit plus son rôle d’information et voue allégeance au nouveau président, de plus en plus de citoyens s’emparent d’internet et de tous les nouveaux moyens de communication pour y chercher de l’information, des outils pour comprendre le monde dans lequel ils vivent. C’est dans cette optique que se pose ce blog. Informer les citoyens et leur présenter des alternatives crédibles, des propositions concrètes. Notre mouvement, composé d’adhérents et de sympathisants du Parti Communiste Français a pour ambition de donner une nouvelle impulsion au nord ouest de la ville de Montpellier. Rejoignez nous et ensemble, changeons les choses.

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